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BÉNIN : INFLUENCEURS, VIRALITÉ ET VÉRACITÉ : QUAND LE BUZZ PREND LA PRESSE EN OTAGE

today3 mai 2026 11 1

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Dans les rues de Cotonou, Porto-Novo ou Abomey, comme dans les quartiers de Parakou, Djougou, Natitingou et même dans les hameaux les plus réculés, l’information ne se consomme plus seulement par les journaux ou les radios.

Elle s’impose désormais sur Facebook, WhatsApp, TikTok et X, portée par des influenceurs qui, armés de smartphones et de contenus viraux, captent des foules numériques. Ils se font des audiences massives permettant d’entretenir une concurrence déloyale avec les médias traditionnels.

Mais derrière cette révolution, une inquiétude grandit : les réseaux sociaux et leurs figures montantes deviennent-ils des freins à l’exercice du métier de journaliste et à la liberté de presse au Bénin ? La question s’impose avec force en ce 3 mai, journée mondiale de la liberté de la presse.

Le Bénin célébre cette édition du 3 mai dans un climat contrasté, entre initiatives locales de mobilisation et un constat préoccupant sur l’état de la liberté d’informer. Le pays a reculé de 21 places dans le dernier classement mondial de Reporters sans frontières, se retrouvant à la 113ᵉ position sur 180, un signal d’alerte qui marque les débats de ette célébration.

Dans ce contexte délicat, les réseaux sociaux explosent. Environ 5,2 millions d’utilisateurs d’internet (soit environ 34 % de la population) sont répertoriés en 2026. La quasi-totalité des internautes béninois accède au web via smartphone, confirmant que le mobile est la porte d’entrée principale vers internet et les réseaux sociaux.

2,7 millions d’utilisateurs sont actifs sur les réseaux sociaux (environ 18 %), avec plus de 8,9 millions de connexions mobiles, dont une majorité via smartphones. Cette croissance numérique est portée par la jeunesse. Près de 65 % de la population a moins de 25 ans.

Facebook domine largement le paysage numérique avec plus de 83,49 % de parts de marché, suivi par Twitter/X qui mobilise 13,06 % de l’audience.

Entre rumeurs et réalités : les réseaux sociaux défient la presse
Un autre chiffre illustre clairement ce basculement. A en croire l’Observatoire béninois des médias, plus de 68 % des jeunes de 18 à 35 ans déclarent s’informer d’abord via les réseaux sociaux, avant les médias traditionnels. Le résultat en est que les contenus viraux, souvent non vérifiés, devancent le travail journalistique.

Récemment, lors de l’innomable supplice par le feu d’une jeune femme d’Ekpè, des contenus sur TikTok avaient annoncées la fause raison de cette barbarie et suscitées force commentaires en ligne. Les faits évoqués par la suite n’avaient plus aucun rapport avec les premières rumeurs largement relayeées.

Les radios locales, plus prudentes, avaient attendu de confirmer ces faits. Mais l’opinion publique, déjà façonnée par cette rumeur, ne voulait plus attendre. C’est ainsi que fausses nouvelles, informations partielles, manipulations et mensonges se disputent la vedette sur les médias sociaux au grand dam des médias classiques et des journalistes passablement perdus dans tout ce brouhaha.

« La viralité, portée par les influenceurs, redéfinit l’accès à l’information mais fragilise le journalisme traditionnel, pris en étau entre la vitesse des contenus et l’exigence de vérification”, se désole le rédacteur en chef d’un quotidien à Cotonou.

Influenceurs : viralité contre véracité
C’est clair, au Bénin, la liberté de presse ne se joue plus seulement dans les salles de rédaction ou devant la HAAC. Elle s’anime également sur les fils d’actualité, dans les stories et les hashtags. Les réseaux sociaux et les influenceurs sont alors devenus des concurrents redoutables, parfois des adversaires, mais aussi des partenaires potentiels.

Suivis par des centaines de milliers d’abonnés, les influenceurs béninois, imposent leurs récits et rivalisent avec les médias classiques. Certains s’identifent comme des activistes de telle ou telle cause; d’autres deviennent des voix d’une critique très virulente, d’autres encore des relais de propagande politique pro AES ou pro-russe. Il en résulte qu’une vidéo TikTok ou un post Facebook peut façonner l’opinion publique, créant un impact immédiat.

Cette situation présente l’avantage d’offrir une visibilité immédiate à des sujets orphelins ou ignorés par les médias classiques. Mais le danger réside dans le fait qu’ils brouillent la frontière entre information et opinion, entre journalisme et divertissement.

Pendant ce temps, les journalistes font de l’autocensure, mettent des garde-fou, prennent le temps de vérifier l’information, craignant les attaques en ligne et les campagnes de dénigrement. En outre, les médias subissent d’importantes pressions économiques avec la publicité qui se déplace vers les influenceurs, fragilisant du coup, les rédactions. Le public consommateur, parfois très enthousiaste, confond souvent contenus viraux et contenus journalistiques, diluant la valeur du travail de vérification.

Un autre journaliste rencontré à Parakou est dépité par la situation : « nous passons des jours à vérifier et recouper un sujet d’enquête, puis en une heure, un influenceur impose une version biaisée, partielle ou fausse qui devient vérité pour des milliers de personnes. »

Entre menaces et opportunités
Pourtant, les réseaux sociaux ne sont pas uniquement des freins à l’épanouissement de la presse. Ils peuvent également devenir des alliés si les journalistes s’en emparent intelligemment.
Par le Fact-checking en temps réel, certaines rédactions utilisent déjà Facebook et WhatsApp pour corriger les rumeurs dès leur apparition.

Il convient d’explorer également des formats hybrides tels que le podcast, les vidéos courtes et les infographies qui permettent de rivaliser avec les influenceurs sur le terrain de la viralité. Les médias peuvent également innover avec des plateformes offrant aux journalistes une proximité inédite et des espaces de dialogue avec leurs internautes. Enfin, l’éducation aux médias est aujourd’hui l’une des clés indispensables pour aider le public à distinguer faits, opinions et propagande.

Les réseaux sociaux et les influenceurs ne sont pas seulement des concurrents : ils sont devenus des acteurs incontournables du paysage médiatique béninois. Mais leur puissance virale, sans garde-fous, menace la liberté de presse et la crédibilité journalistique.

Le défi est désormais de réinventer le journalisme pour qu’il reste audible dans le vacarme numérique, mais en s’imposant sur la rigueur, la transparence et l’innovation.

Wilfrid Hervé ADOUN

Acacia Médias

Écrit par: Prince Ludérick KOTANNOU

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