Société

Au Mali, le français recule dans les textes mais reste central dans l’école et la vie publique

today4 décembre 2025 11

Arrière-plan
share close

Bien que retiré en 2023 de la liste des langues officielles dans la nouvelle Constitution, le français demeure omniprésent dans la vie politique, économique et éducative au Mali. Dans les écoles notamment, il reste la langue principale d’enseignement, malgré les efforts croissants pour valoriser les langues nationales.

L’organisation RobotsMali, spécialisée dans l’innovation et l’intelligence artificielle, tente de combler ce déficit. Ces dernières années, elle a produit plus d’une centaine d’histoires en langues locales grâce à divers outils d’IA. Un travail salué par de nombreux élèves qui y voient une manière de mieux maîtriser leur langue maternelle.

« Oui, c’est la première fois. C’est bien, ça me permet de mieux parler avec mes amis. À l’école, on ne parle que le français », témoigne Clarisse Yasségué Togo, 13 ans.
Un constat partagé par Fatoumata Sacko, également élève : « C’est dommage parce que le bambara est notre langue. Il faudrait vraiment privilégier cette langue, mais ce n’est pas le cas ».

Dans la plupart des foyers, les langues nationales comme le bambara, le fulfulde ou le tamashek sont couramment parlées. Pourtant, les enfants continuent d’apprendre à lire et à écrire principalement en français, qui domine encore la production de livres scolaires et de littérature jeunesse.

Pour RobotsMali, la traduction et l’adaptation de contenus éducatifs sont essentielles. « Comme les histoires sont illustrées, cela permet aux enfants de faire rapidement le lien entre les mots et leur sens. Ils savent déjà lire le français, donc avec eux, c’est plus simple. Avec des enfants qui ne parlent pas français ou qui sont analphabètes, il faut repartir des bases, lettre par lettre », explique Mamadou Dembélé, membre de l’organisation.

Les équipes de RobotsMali s’appuient sur des programmes comme ChatGPT et Claude pour la rédaction, Google Translate pour les traductions, et des générateurs d’images comme Leonardo pour les illustrations. Les auteurs interviennent ensuite pour affiner et adapter les contenus.

L’histoire du Mali a pourtant connu plusieurs tentatives de remplacement du français dans l’enseignement depuis l’indépendance de 1960. Toutes ont échoué, faute de moyens suffisants et de volonté politique durable. Mais le contexte a changé ces dernières années. Après la prise de pouvoir par la junte en 2020 puis un second coup d’État en 2021, les relations avec la France se sont fortement détériorées : départ de l’opération militaire Barkhane, suspension des médias français, et rupture progressive des liens institutionnels.

La suppression du français comme langue nationale relève donc autant du symbole que d’une dynamique politique visant à prendre distance avec l’ancien colonisateur. Pour autant, sur le terrain, la langue reste incontournable — et les initiatives locales peinent encore à renverser un système éducatif largement structuré autour du français.

Écrit par: acacia

Rate it

Commentaires d’articles (0)

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués d'un * sont obligatoires